SEPTEMBRE 2015 : LE PREMIER TOUR DE PARIS PAR LA SEINE ET LES CANAUX

La section Aviron vénitien de Nautique Sèvres, organisée en association sous le nom de Vogaveneta Paris, a été chargée d'organiser la rencontre annuelle du Comité International de l'aviron à la vénitienne (VogaVeneta). Nous avons voulu que les participants repartent avec un souvenir digne de notre capitale: c'est ainsi que nous avons organisé le premier tour de Paris par la Seine et les canaux. C'est une première: jamais cette circumnavigation n'avait été faite à l'aviron.

Le projet, qui s'est déroulé les 18/19/20 septembre 2015 a consisté en:
- Une réunion de délégations européennes venant de Venise, Oxford, Brunschweig, Hambourg, Amsterdam, Nantes et Paris.
- Le rassemblement s'est fait au Parc Nautique de l'Ile de Monsieur à Sèvres, dans les locaux et avec la participation de Nautique Sèvres
- L'idée proposée est de réaliser un périple qui n'avait jamais été réalisé à l'aviron: Faire le tour de Paris par la Seine et les canaux .
Nautique Sèvres nous a permis d'avoir la présence de deux bateaux à vapeur et d'un hors-bord, qui ont assuré la sécurité, en complétant le côté spectaculaire de notre expédition.

Pour raconter fidèlement un événement un peu complexe à monter comme celui-ci il faudrait relater les durs labeurs entrepris dès janvier. Je vous en fais grâce. Il faut juste savoir qu'en dehors du recrutement (facile) de participants il a fallu obtenir pas moins de 6 autorisations administratives, et un récépissé… Exercice où les muscles du sportif ne servent à rien. Pour finir, le dossier était bouclé juste à temps et nous pouvions confirmer le projet avant la fin des vacances.


Nous étions finalement:
- 5 rameurs d'Oxford, avec un sandolo,
- 6 rameurs allemands de plusieurs clubs dont Frankfort et Brunschweig avec deux sandoli,
- 2 rameurs de Venise,
- 2 rameurs d'Amsterdam,
- 5 rameurs de Nantes (Sucé sur Erdre) avec une gondole,
- un rameur de Joinville avec une mascarette,
et nos rameurs Parisiens avec une gondole et deux sandoli.
De plus nous avions deux vapeurs: "Midship" de Nautique Sèvres et "Woodbine" venu de Poitiers.

Arrivés Jeudi, les participants ont été accueillis par les membres de VVP.
Les véhicules et les bateaux ont été stockés pour la nuit sur les terrains
du Parc Nautique (merci Eric!), et les passagers conduits à leurs logements. Un premier dîner a réuni ceux qui étaient à portée de voix au bon moment, car nous sommes tous bons amis et les occasions de rencontres sont toujours festives.

Vendredi 18/09/2015 matin, à partir de 8h mise à l'eau des bateaux. Il y a foule sur le quai et le plan incliné comme la potence de mise à l'eau sont sollicités à plein rendement.
Merci à M Fusina, le maire adjoint aux sports venu nous encourager.
10h, départ prévu vers l'écluse de Suresnes. Nous prenons d'emblée une demi-heure de retard, les organisateurs n'ayant pas compté le temps de chauffe des chaudières des vapeurs.
Suresnes: Il faut attendre son tour pour passer. Une nouvelle demi-heure non prévue. La gigantesque écluse de Suresnes nous héberge sans difficulté. Merci à Voies Navigables de France (VNF) et à nos voisins de l'écluse.
Il fait bon, mais il y a du vent. Nous défilons dans le joli bras mort de Neuilly, sous les guinguettes et devant les luxueuses péniches habitées de ce lieu d'amarrage recherché.





Cette première navigation est l'occasion de voir l'étonnante efficacité de l'équipage hollandais: Deux athlètes longilignes et souples. La spectaculaire Tirza au style parfait conduit sa gondole en tête de la flottille.
C'est aussi la première confrontation du sandolo que nous avons construit au chantier du club avec d'autres: eh bien il se comporte très bien!
Au cas où le public (pour le moment surtout les habitants des péniches habitables) ne lèverait pas les yeux vers nous, Thierry (le skipper de Midship) fait donner du sifflet à vapeur de sa belle machine.

13h: écluse de St Denis. Nouvelle attente. Il faut s'habituer au rythme particulier de la batellerie. Nous mettons le temps à profit pour acheter du ravitaillement (frites et mouton pour tous). Ce qui se passe aussi, c'est (comme prévu) que le ciel nous expédie une drache carabinée.
Une charmante petite maison d'éclusier nous annonce le numéro de l'écluse: 7! Nous avons donc 7 écluses devant nous avant l'étape du soir. Nous remontons par courts biefs au travers de cette banlieue industrielle. Devant le Grand Stade notre attente sera encore bien longue. Un journaliste de TF1 en profite pour nous filmer: Nous aurons ainsi un passage court mais très humoristique sur "50 mn inside" de TF1 à 18h30 samedi, un moment de bonne écoute.

Vers 17h nous passons la dernière, spectaculaire écluse. Un dénivelé de 10m!!
Et nous voilà sur le bassin de La Villette, juste à temps pour l'apéritif qui nous attend à la brasserie "Le Corso". Nous venons de faire 26km! Le punch sera le bienvenu. Nous recevons une journaliste du "Parisien": le spectacle des gondoles sur le bassin est une attraction! Nous laisserons nos bateaux dans le port, aux bons soins de l'excellent Raoul.
Certains dînent sur place, les autres vont prendre un bain chaud bien mérité.

Samedi 11h L'heure du rendez-vous. Sommes-nous tous sur nos bateaux? Il va falloir passer l'écluse à midi, mais… Mais il est presque impossible de faire respecter un horaire à un groupe. Nous partons avec notre demi-heure de retard coutumière.
Sept écluses encore, cette fois sur le charmant canal St Martin, sous les platanes et avec une foule bon enfant, enchantée du spectacle. Nous aurons le temps de donner l'assaut aux pâtisseries, abondantes sur ce parcours dans le Paris profond.




La dernière écluse donne dans le gouffre impressionnant du tunnel dans lequel on a enfermé l'Ourq pour créer (au-dessus) le boulevard Richard Lenoir. Plus de deux kilomètres de mystère et de poésie dans les viscères de Paris… Tous les 100m il y a une bouche d'aération à travers lesquelles le soleil allume de grandes colonnes diagonales de lumière. Pas d'autre bruit que le battement des rames et les "oh" d'admiration. Nous sommes tous subjugués par l'ambiance. Nous ne croisons qu'un seul bateau (de touristes).
Le tunnel débouche en pleine lumière dans le bassin de l'Arsenal. Charmant port en plein Paris, habité par une centaine de chanceux sur leurs péniches, parfois très belles. L'après midi est libre. Nous suggérons à nos visiteurs de marcher vers la place des Vosges ou abondent de bons troquets bien traditionnels.
A 20h nous avons rendez-vous au restaurant "le Grand Bleu" où nous tenons une assemblée générale ponctuée de toasts.




Dimanche: Météo de fête. Soleil exquis, pas de vent.
Nous sommes presque à l'heure pour l'écluse de 8h. C'est qu'il faut être sorti de Paris à 9h30!! `
C'est l'enchantement! Chaque pont ouvre une nouvelle page, un nouveau paysage. C'est le pont Sully et le Paris médiéval de l'île St Louis, puis le (vilain) pont St Louis et Notre Dame majestueuse et blonde dans le premier soleil de cette belle matinée, le pont d'Arcole et la Samaritaine, le pont au Change et la Conciergerie, le pont Neuf et le siècle des lumières avec l'Institut et le Louvres, le pont Royal et le musée d'Orsay, le pont de la Concorde et l'Assemblée Nationale, le pont Alexandre III (tellement kitch)… La tour Eiffel. Et petit à petit ,le Paris récent puis moderne, puis contemporain.
La brigade fluviale nous escorte jusqu'au pont Mirabeau. Nous sommes sortis de Paris avant le réveil des bateaux mouche, avec de belles images plein la tête et plein les appareils photo.
Ensuite c'est notre terrain de jeu habituel: le bras mort de l'Ile St Germain, l'Ile Seguin et son interminable chantier. Et la base nautique.

Le temps de ranger un peu les bateaux et (encore merci Eric) la table est mise pour un dernier repas en commun. Nos visiteurs sont tous ébahis par les équipements de la base, les bateaux, et la foule de sportifs, très actifs en cette après-midi estivale.



Des liens se sont renforcés, d'autres sont créées. Nous avons fait connaître notre sport.
Et puis nous avons signé notre nom sur une autre première (après un Sèvres-Nantes) : le tour de Paris à l'aviron!!
Nous nous sommes donnés tant sportivement que spirituellement.
Un beau moment de vie.



Vogaveneta Paris

Ce club, formé en 2002 à partir d'un groupe de rameurs de l'ACBB, a rejoint Nautique Sèvres, installé alors sous le pont de Sèvres. Il comprend aujourd'hui 25 membres, et en prendrait plus si on lui allouait plus d'espace.
Il possède deux gondoles et deux "sandoli", des bateaux plus légers et plus maniables dédiés principalement au sport.
Les deux gondoles permettent au club de participer à des évènement payants: fêtes communales, ou fêtes privées auxquels elles apportent romantisme et apparat, ou bien à des films ou des publicités. Cette activité "commerciale" permet au club Vogaveneta de vivre sans subventions.
Les sandoli sortent plusieurs fois par semaine pour permettre à tous les membres de s'entraîner.
A notre actif nous pouvons vanter, sur le plan sportif: La participation à 26 éditions du marathon vénitien de la Vogalonga (cette année nous étions 16 rameurs sur 4 bateaux), et la participation à des régates à Parme, Frankfort, Oxford. Ou encore plusieurs croisières sur la Seine (4 traversées de Paris), ou sur la Loire. Nous avons même accompli un exploit: relier Sèvres à Nantes par le Seine, les canaux du Loing et de Briare et une descente de la Loire de Giens à Nantes: 650km en tout!
Sur le plan événementiel nous avons apporté notre contribution à plusieurs films, dont Les Enfants du Siècle, Les Adieux à la Reine, le Soleil et la Lune; ou encore l'organisation du festival Venise Vivaldi Versailles en réunissant 15 gondoles.



L'aviron à la vénitienne

L'aviron à la vénitienne est un des plus vieux sports organisés. Le terme de "régate" vient du vieux vénitien "rigata" qui signifie "se mettre en ligne", et a désigné dès le XVeme siècle les courses de bateaux traditionnels sur la lagune.
L'aviron à la vénitienne se distingue de l'aviron "à l'anglaise" par le fait que les rameurs sont debout dans leurs bateaux, face à l'avant, et poussent leurs avirons (au lieu de les tirer). Pendant longtemps ce type d'aviron a été réservé à la lagune vénitienne, plan d'eau pour lequel ces bateaux étaient particulièrement bien adaptés. Il y a bien eu des gondoles à Paris (sur le grand canal du château de Versailles, du temps de Louis XIV, et plus tard sur la Marne), mais ce furent des expériences limitées. Depuis une trentaine d'années cependant l'aviron vénitien s'internationalise. Des clubs sont apparus ailleurs en Italie; sur le Pô d'abord, à Crémone ou à Mantoue, puis à Florence (sur l'Arno), à Rome (sur le Tibre), puis un club s'est constitué à Paris, suivi d'autres clubs à Montpellier, puis à Nantes. Les anglais (qui font bien les choses quand ils s'y mettent) ont développé au même moment une importante activité de "punch rowing" comme ils ont nommé notre sport, à Oxford, puis à Stratford. Ensuite un club est apparu sur un bras charmant du Danube à Vienne. Puis de nombreuses initiatives se sont développées en Allemagne, à Francfort, Bamberg, Braunschweig, Hambourg, ou encore à Berlin. On peut encore ramer à la vénitienne sur le Danube à Budapest, ou sur les canaux d'Amsterdam.
En Amérique même, des clubs très actifs se sont constitués, à Los Angeles, à Boston, à Las Vegas. Beaucoup des membres de cette diaspora se retrouvent chaque année à la grande fête de l'aviron qu'est la Vogalonga, un quasi marathon de 35 km qui se déroule sur la lagune en mai.

Une association s'est enfin crée il y a une dizaine d'années entre ces différents clubs pour partager nos expériences, encourager les amitiés et les échanges, organiser une école de sport, et créer des liens avec Venise, ses artisans, ses sportifs, et tout ce qui tourne autour de cette activité si originale. Nous tenons chaque année des réunions, et organisons des régates.
Un mot aussi pour dire que notre sport est aussi complet et athlétique que l'aviron classique.



Les bateaux d'aviron à la vénitienne

Un mot encore sur les bateaux d'aviron vénitien:
Ce qui distingue les bateaux 'aviron vénitien, c'est d'une part qu'ont les propulse en position debout, et en poussant les avirons. Ce mouvement, qui fait intervenir tous les muscles du corps, est un geste en élongation, sans brutalité, et qui utilise le poids du corps. C'est un mouvement extrêmement efficace, et qui permet de longues randonnées. Il peut être pratiqué en rythme de promenade, mais aussi en mode sportif. Il devient alors très athlétique.
L'autre particularité des bateaux vénitiens est qu'ils n'ont aucun plan de dérive. Autrement dit leur fond est plat. Cela autorise une navigation dans très peu d'eau, mais aussi des manœuvres en peu d'espace. Ce sont de merveilleux bateaux de randonnée en rivière ou en eaux fermées. Ce ne sont pas des bateaux de mer, ils n'aiment pas les vagues.
La gondole est le "bateau amiral" de notre flotte. C'est probablement le bateau dont la silhouette est la mieux reconnue dans le monde entier. La gondole a un plan a peu près normalisé. Il fait 11m, C'est un bateau étonnant, mais pas le seul bateau vénitien.
Les conditions particulières de la navigation en lagune ont en effet été le moteur du développement de nombreux autres modèles très typés.
Citons par exemple le Sandolo, et les Mascarette, bateaux plus légers et plus maniables. Ce sont eux qui forment l'essentiel des flottes de nos clubs.
Le "pupparino" est un bateau rapide et aussi difficile à maîtriser que la gondole.
La "caorline" est dérivée des bateaux de charge d'autrefois. Elle demande pas mal de puissance physique. Elle est souvent faite pour 6 rameurs.
Certains de ces bateaux peuvent être équipés de voiles (au tiers). Leur plan de dérive est alors un grand safran (gouvernail).
Les dames de nage de tous ces bateaux sont de superbes sculptures en bois dur, les "forcole". Ces équipements, comme les avirons, sont réalisés par des artisans qui sont de merveilleux artistes.